La page blanche m'inspire telle un long couloir de neige fraîche immaculée. Mes doigts ont hâte d'écrire comme mes skis ont hâte de glisser. Une pente raide où je suis seule à me lancer. En tête à tête avec ma propre confiance au milieu d'une nature riche et puissante qui s'élève tout autour de moi en de hautes crêtes entrecoupées de pics. A m'imposer un défi qui, j'en ai l'impression, si je le réussi, me portera plus loin que les nuages. L'envie de laisser ma trace dans des nuages de poudre légère formée de minuscules étoiles blanches me monte à l'esprit. Ma tête entière devient soudainement enivrer dans un doux venin mélancolique. Un mélange explosif de songes, d'adrénaline, de peur, d'impatience et d'excitation. Et je suis fière de dire que j'aime cette pression qui m'oppresse à ne plus pouvoir respirer, ce besoin qui me hante car je me sens vivre comme lorsque je suis noyée dans la forteresse de Ses bras protecteurs à respirer plus d'air que mes poumons ne peuvent contenir. Une simple jouissance passagère où je me laisse bercer entre le plaisir et le besoin.
Je suis à nu au milieu de ces mots farfelus. Je sais; ce ne sont que des traîtres de plus. Hein, qu'ils sont comme nous! Ils nous donne l'impression d'une consistance réelle et véritable. On croit en eux car on a envie de leur faire confiance. J'accepte ce mensonge car l'écriture me donne ce que l'humain cherche et cherchera toujours dans une soif jamais assouvie: le pouvoir. On le sait maintenant: la vie est en grande partie une bataille de rhétorique. Avec des mots, je peux vous séduire et vous faire croire ce que je veux, à moins que vous ayez l'esprit de remise en question des informations lâchées sans preuves, sans explications, sans raisons. Ce qui serait pour moi autant un étonnement qu'un soulagement. Je vois déjà vos mains trembler, la sueur couler et votre cerveau qui hésite. Pas de panique pour ceux qui croient en tout comme ils se laissent grignoter par le principe d'autorité. Respirer car je n'ai pas l'intention de faire du mal à qui que soit. D'ailleurs, mon rêve le plus cher est d'avoir un impact positif sur notre monde. Pardon: sur Le monde. Le notre n'est pas adéquat je pense. Rien ne nous appartient jamais vraiment.
Je n'ai pas d'ordre et personne ne m'obligera à en avoir puisque je mérite au moins cette liberté. Le mérite... Un jour, toi et moi, on parlera de méritocratie dans ce monde où les héritages sont inégaux. Pour l'instant, mon égocentrisme humain m'amène à un cas particulier: en quoi est-ce que j'aurais mérité cette liberté que je vous assurai avoir droit quelques lignes plus haut? Parce que j'ai souffert, je souffre et je souffrirai encore comme tous les humains de cette petite planète perdu au milieu d'un univers inconnu? Que pouvez-vous me répondre? Vous ne me connaissez pas car comment voudriez-vous si moi-même je ne me connais qu'à un faible pourcentage? Le mérite, ça me fait penser à l'humain et plus précisément à sa façon de donner en attendant toujours quelque chose en retour, même inconsciemment. Ces deux concepts ont des similitudes pour moi. Mais apparemment l'humain a besoin de cette récompense pour se donner de la peine. Apparemment, encore dans les apparences? Sans la prison, je vois pas l'intérêt de commettre un crime. Vous voyez la logique? Ça sent le dérisoire dans le rien à voir.
La liberté, un bien cruel beau mot. On est tous prêts à prendre notre envol vers cet infini de bonheur qu'on s'imagine encore comme lorsque nous étions enfants. Parce que nous ne sommes plus des enfants? Quelle différence entre un enfant et un adulte? Le premier est petit à courir derrière un ballon et le deuxième, grand à courir après l'argent? C'est une vision des choses. Et de nouveau on accorde des préjugés à des groupements de lettres alors que tout cela n'a aucun sens puisque nous sommes différents et que ces idées sont nos propres inventions. La liberté donc, un concept impossible? Peut-on être libre du moment où l'on vit en société? Rongé par les impôts, les gosses qui se plaignent, les couples qui se brisent, la caissière qui est trop lente autant qu'elle est négligée par son patron, la voiture qui pollue et qui a toujours besoin de réparations hors de prix, la facture de ce natel aux ondes dangereuses? La liberté serait-elle alors dans une vie perdue dans la nature loin de tout et de tous? Pensez-vous vraiment pouvoir vivre seul? La vie n'est-elle pas cet échange justement? Échange avec quoi: L'humain? la nature? La liberté est peut-être simplement un état de soi-même qui varie d'un humain à l'autre et que nous pouvons atteindre qu'avec une volonté hors du commun.
Et pourtant, quand le jour arrive de se lancer dans un univers nouveau, la ligne de départ est troublement déserte. Les participants semblent avoir la mémoire défaillante. Tout à coup, ils ont un plaisir fou à continuer sur cette route monotone. Celle que formaient les journées inexorablement longues d'hier où ils se perdaient dans l'ennui plutôt que de s'aventurer dans des rêves oubliés qui attende impatiemment qu'on leur donne la parole car jusqu'à maintenant, ils ont eu droit qu'à des "passer votre tour". Le pire jeu jamais inventé: les autres gagnent pendant que vos rêves attende de pouvoir enfin jouer leur tour. Regarder sans agir. On se rassure en se disant que nos rêves gagneront à la prochaine partie. Vous avez l'air perplexe, quelque chose ne va pas? A la prochaine partie, oui. Sauf qu'on a qu'une vie, tu comprends?
Un trait blanc anime la limite, cette limite tant attendue, souvenez-vous lorsque vous trépidiez et trépigniez d'impatience en rêvant de cet instant unique où vous pourriez prendre les choses en main. Dire adieux à ces contraintes, à ces soucis, à toute cette vie qui n'a pas su vous satisfaire. Prendre les choses en main, avec vos deux mains, avec vos dix doigts, moins celui qui a passé dans le scooter l'an passé. Détail de ce pauvre monde. Le temps passe; la frontière reste seule, balayée par les feuilles mortes évacuées par ces arbres qui vont hiberner en attendant de revivre le printemps.
La nature a ça de beau; elle meurt puis renaît toujours. Mais elle ne disparaît jamais vraiment. Elle est animée par les bercements des cycles qui eux-mêmes sont commandés par des cycles, qui eux-même... Bref, un engrenages de roues qui coulissent les une sur les autres, toute ayant leur propre fonction d'une haute importance. Importance que l'on néglige bien évidemment. Tout est normal. Puisque c'est ainsi, tout est mal. Nous faisons partie de cette nature. Et nous ne faisons même plus attention à sa beauté; nous la détruisons comme nous le faisons avec nous-même. Nous aussi nous pouvons changer, nous transformer. La vie continue, la mémoire petit à petit oublie. Nous sommes tantôt ravagés par des ouragans qui dépassent notre intelligence, bercés par les mélodies du mal qui semblent si apaisantes lorsqu'elles sont au loin ; tantôt animé d'un espoir nouveau, d'une vitalité inestimable, d'un vent qui nous porte à la dérive vers un autre contient, une terre nouvelle où germent pleins de grandes promesses.
Savez-vous pourquoi il n'y a personne qui est prêt à se lancer dans l'inconnu, partir hors de toutes ces limites? Parce que pour l'humain qui vit clandestinement en chacun de nous, tout cela semble irrationnel. Nous sommes devenus dépendants de ces barrières qui, nous en sommes convaincus, nous protège. Nous protège de quoi? Enfermée dans sa tour, la princesse n'a aucun espoir de sortir si elle ne tente pas de sortir par la fenêtre qui se présente si gentiment à elle. Et pourtant, comme vous, elle regarde avec une envie inconcevable le trou par laquelle pénètre la lumière. Que c'est beau ce jaune qui réchauffe au c½ur de ces briques humides et froides. Elle voit le ciel et elle se dira que ce sera pour demain jusqu'à ce que mort l'emmène. Moi je sortirais, du moins je vais essayer.
Comment se sentir libre au milieu de l'inégalité qui ronge ce monde? Il y a l'eau, la faim, l'argent, l'amour. Toutes ces choses qui sont primordiales dans une vie. Comment accepter de dormir dans un palais pendant qu'un enfant pleure toutes ces larmes quelque part, couché sur un sol dur et froid? Il n'y a pas de réponse, vous allez me dire. Mais je vous demande d'avancer. Je ne veux pas rester sur place à regarder avec une pitié qui me déchire le c½ur les conséquences du hasard de la chance. On ne sera jamais égaux, je le sais. Mais je sais qu'ensemble, on peut changer les choses et donc supprimer les inégalités qui n'ont pas lieu d'être au 21ème siècle. Et vous savez, l'égalité est un concept qui me fait peur en réalité. Enlever le voile qui couvre vos yeux. L'égalité ne serait-ce pas la perfection? Je ne souhaite pas une vie de robot.